Pénélope

Ce qu’on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l’extérieur comme un destin…

Archive pour le 26 juin, 2006

Parler moi d’amour…

Posté : 26 juin, 2006 @ 9:55 dans poésie | 10 commentaires »

cet amour

si violent

si fragile

si tendre

si désespéré

cet amour

beau comme le jour

et mauvais comme le temps

quand le temps est mauvais

cet amour si vrai

cet amour si beau

si heureux

si joyeux

et si dérisoire

tremblant de peur comme un enfant dans le noir

et si sûr de lui

comme un homme tranquille au milieu de la nuit

cet amour qui faisait peur aux autres

qui les faisait parler

qui les faisait blêmir

cet amour guétté

parce que nous le guettions

traqué blessé piétiné achevé nié oublié

parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié

cet amour tout entier

si vivant encore

et tout ensoleillé

c’est le tien

c’est le mien

celui qui a été

cette chose toujours nouvelle

et qui n’a pas changé

aussi vraie qu’une plante

aussi tremblante qu’un oiseau

aussi chaude aussi vivante que l’été

nous pouvons tous les deux

aller et venir

nous pouvons oublier

et puis nous rendormir

nous réveiller souffrir vieillir

nous endormir encore

rêver à la mort

nous éveiller sourire et rire

et rajeunir

notre amour reste là

têtu comme une bourrique

vivant comme le désir

cruel comme la mémoire

bête comme les regrets

tendre comme le souvenir

froid comme le marbre

beau comme le jour

fragile comme un enfant

il nous regarde en souriant

et il nous parle sans rien dire

et moi j’écoute en tremblant

et je crie

je crie pour toi

je crie pour moi

je te supplie

pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment

et qui se sont aimés

oui je crie

pour toi pour moi et pour tous les autres

que je ne connais pas

reste là

là où tu étais autrefois

reste là

là où tu étais autrefois

reste là

ne bouge pas

ne t’en va pas

nous qui sommes aimés

nous t’avons oublié

toi ne nous oublie pas

nous n’avions que toi sur la terre

ne nous laisse pas devenir froids

beaucoup plus loin toujours

et n’importe où

donne-nous signe de vie

beaucoup plus tard au coin d’un bois

dans la forêt de la mémoire

surgie soudain

 tends-nous la main

et sauve-nous.

J. Prévert

ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre…

Posté : 26 juin, 2006 @ 8:40 dans poésie | 6 commentaires »

  communion vincent 006 b2.jpg    

je suis comme je suis

je suis faite comme ça

quand j’ai envie de rire

oui je ris aux éclats

j’aime celui qui m’aime

est-ce ma faute à moi

si ce n’est pas le même

que j’aime chaque fois

je suis comme je suis

je suis faite comme ça

que voulez-vous de plus

que voulez-vous de moi

je suis faite pour plaire

et n’y puis rien changer

mes talons sont trops hauts

ma taille trop cambrée

mes seins beaucoup trop durs

et mes yeux trop cernés

et puis après

qu’est-ce que ça peut vous faire

je suis comme je suis

je plais à qui je plais

qu’est-ce que ça peut vous faire

ce qui m’est arrivé

oui j’ai aimé quelqu’un

oui quelqu’un m’a aimée

comme les enfants qui s’aiment

simplement savent s’aimer

aimer aimer…

pourquoi me questionner

je suis là pour vous plaire

et n’y puis rien changer.

J. Prévert

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